- 11 Septembre

11 Septembre

Dix ans après le 11 septembre 2001, j’ai encore en moi le regard brûlant de Geneviève de Gaulle Anthonioz. Épuisée par la maladie, tétanisée dans son fauteuil, elle écoutait la radio commentant l’événement en direct. Et juste à côté d’elle, le livre dans lequel elle avait mis ses dernières forces, et que l’éditeur lui avait fait porter la veille :
“ Le Secret de l’Espérance ”.

Avec le temps, le contraste entre ces quelques dizaines de pages silencieuses sous leur couverture verte, et l’onde de choc considérable provoquée par l’événement n’a cessé de me hanter.
D’un côté, une poignée d’hommes, au message encore aujourd’hui incompréhensible, emportait avec eux dans une mort incroyablement spectaculaire des milliers d’innocents.
D’un autre côté, une femme, rescapée des camps de la mort, transmettait en des mots clairs et compréhensibles, mais si peu entendus, un itinéraire d’espérance pour des millions de personnes refusant que la vie humaine soit piétinée.

D’un côté, notre société avait fourni pour la réalisation de cette tragédie le décor, les avions, le kérosène, les télévisions, les satellites, toute l’infrastructure de sa représentation, transformant l’événement en bombe planétaire.
D’un autre, pour le plus grand des fléaux, “ la plus grande tueuse de l’humanité ”, qui, au dire des Nations Unies n’est ni la guerre, ni les épidémies, mais la misère, cette même société fournissait si peu d’images, si peu de paroles et par conséquent si peu d’actions.

Pourquoi ? Pourquoi est-ce si difficile de faire entendre ces millions d’être humains qui vivent et quittent ce monde sans bruit, sans une plainte, laissant les leurs dans une peine muette, entre la honte et la révolte impossible ? “ D’où je viens, dit Joseph Wresinski, monte une plainte silencieuse. C’est par son silence qu’un peuple dépossédé provoque au combat ”
Mettre des mots sur ce silence et travailler à ce qu’il soit entendu, n’est-ce pas frayer un sens dans le chaos du monde ? Libérer ceux qui parlent enfin, de la honte et de la culpabilité, n’est-ce pas une clé qui nous libère aussi nous-mêmes ?


Illustration en tête de cet article : Valérie Dintrich - Nativité 2007