- Combien de temps encore ?

Combien de temps encore ?

Claude Simon, L’Ami Karim... et Jean l’évangéliste...

Parfois, les mots, on n’y croit plus. On ne croit plus que leur poids puisse faire pencher une quelconque balance du côté des assoiffés de toutes sortes. D’autant plus que nombreux sont les vendeurs d’images en tout genre qui vous disent de l’écriture est d’une autre époque, comme si le langage n’était plus la dimension sacrée de l’homme, celle qui était avant lui, au commencement. [1]

Claude Simon, écrivain français quasi-inconnu bien qu’il fût le dernier lauréat français du Nobel de littérature, disait justement dans son discours à Stockholm le 9 décembre 1985 :
« On parle volontiers ici et là, et avec autorité, de la fonction et des devoirs de l’écrivain. On a même pu déclarer, il y a quelques années, non sans démagogie, par une formule qui porte en elle-même sa propre contradiction, que, « en face de la mort d’un petit enfant au Biafra, aucun livre ne fait le poids ». Si justement, à la différence de celle d’un petit singe, cette mort est un insupportable scandale, c’est parce que cet enfant est un petit d’homme c’est-à-dire un être doué d’un esprit, d’une conscience, même embryonnaire, susceptible plus tard, s’il survivait, de penser et de parler de sa souffrance, de lire celle des autres, d’en être à son tour ému et, avec un peu de chance, de l’écrire. »

Marcher près de l’homme en risque de tomber, c’est marcher toujours au bord d’un ravin, tiraillé entre sauver sa peau en faisant de belles phrases, (en essayant du moins) ou s’accrocher à lui, l’homme en danger, au risque de tomber avec s’il vient à basculer.
C’est l’expérience cruciale d’Ami Karim proclamée par lui devant la foule du Trocadéro à Paris, le 17 octobre dernier, pour clôturer la célébration du 2Oème anniversaire de la Journée mondiale du refus de la misère initiée à cet endroit-même par Joseph Wresinski. La force de la jeunesse saute à pieds joints sur les précautions d’auteurs et emporte l’adhésion de celui qui était au bord de baisser les bras...

(On peut retrouver Ami Karim ici). Premier disque chez Virgin en 2008 Eclipse totale, une découverte.

photo : Efpaix


© Jean-Michel Defromont - 9 janvier 2008

[1] “Au commencement était le Langage”, c’est ainsi que Jean Grosjean traduit l’incipit de Jean, l’évangéliste.