- Le Net, la gargouille et la crypte...

Le Net, la gargouille et la crypte...

« Le Net est un lieu et un outil de création, avec tous ses chambardements, ses ambiguïtés, ses risques, on y met évidemment une grande part obscure de nous-mêmes, sinon on n’y passerait pas notre vie comme ça, c’est dans cette part obscure qu’il faut aller. »
[/François Bon, remue.net, cité par Sébastien Rongier dans "La lettre de Remue.net"./]


Cette “part obscure de nous-mêmes”, comme un trou noir du langage, c’est la face vierge à escalader, à mains nues - fussent-elle fiévreuses sur un clavier - en s’exposant sur la paroi.

Souvenir d’enfance : des singes (alpinistes déguisés bien sûr) escaladant la façade d’une basilique gothique quelque part en Belgique, et la foule en bas sur la place, bouche bée, fascinée par ces faux faiseurs de grimace risquant leur peau.
Ce dialogue avec les gargouilles à têtes de diable pour atteindre la flêche acérée d’un clocher s’est inscrit dans mon imaginaire. L’écrivain serait-il un alpiniste des monuments du temps ou de l’espace, proches ou lointains ?

Défier le vertige ou creuser de ses ongles la dureté du réel, peu importe.

Dans Le murmure des fantômes, Boris Cyrulnik écrit que l’écriture permet « ... ce travail de couture du moi déchiré. Grâce à elle, je peux entrouvrir la crypte qui contient les choses indicibles, je peux donner la parole aux fantômes verrouillés qui surgissent chaque nuit dans mes cauchemars. »

Tout cela suppose un minimum d’accès au langage et à ses supports. Et des lieux où s’entraîner à explorer les mots dits pour n’être plus un "sans dit" qui brûle en lui-même sans que personne ne le sache.
Pour ce combat, on cherche des volontaires.


© Jean-Michel Defromont - 10 janvier 2008