- Tâtonnements dans le noir.

Tâtonnements dans le noir.

Ces mots de Barthes dans “Le Plaisir du texte” :
« Caractère asocial de la jouissance. Elle est la perte absolue de la socialité et pourtant il ne s’ensuit aucune retombée vers le sujet (la subjectivité), la personne, la solitude : tout se perd intégralement. Fond extrême de la clandestinité, noir de cinéma. »

Étrangement, on pourrait ici remplacer le mot jouissance par misère. Au moins dans l’effet qu’elle produit : Elle aussi est la perte absolue de la socialité [...] tout se perd intégralement. Fond extrême de la clandestinité, noir de cinéma.

Et en écho cette parole de Quignard : chapitre XXXIV des “Ombres errantes”. Sous le titre : « Perditos », le texte dans son entier dit ceci : « De certains hommes on dit qu’ils sont perdus. Perditos. Ils sont comme des trous d’acide dans la vie sociale accoutumée. »

Translation vers une autre destruction humaine, la Catastrophe décrite comme personne par Primo Levi dans “Si c’est un homme” :
« Qu’on imagine maintenant un homme privé non seulement des êtres qu’il aime, mais de sa maison, de ses habitudes, de ses vêtements, de tout enfin, littéralement de tout ce qu’il possède : ce sera un homme vide, réduit à la souffrance et au besoin, dénué de tout discernement, oublieux de toute dignité : car il n’est pas rare, quand on a tout perdu, de se perdre soi-même ;(...) »
Un peu plus haut, on trouve écrit : « Alors, pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition d’un homme. »

Active ou passive, c’est toujours de démolition qu’il s’agit quand s’opère le déni de la dignité humaine, ablation simultanée de tout droit. Trou noir.

Transformer ce noir opaque en ciel étoilé, peut-être même en point du jour. Combat.


© Jean-Michel Defromont - 15 janvier 2008