- Champ de mines ou chant d’espoir, laisse pas ces cris.

Champ de mines ou chant d’espoir,
laisse pas ces cris.

Pompier de Tchernobyl, appelé par je ne sais qui pour éteindre un incendie aussi ardent qu’indéfinissable de par la substance même qui se consume, ou plutôt qui refuse de se consumer, comme le buisson ardent de Moïse qui brûle et ne se consume pas ;

malade d’Alzheimer qui s’interroge devant son propre amour, se demandant comment se nomme cette femme vieillissante qui a sûrement été belle dans sa jeunesse, et se souvient soudain qu’il l’aime comme il respire ;

matin humide d’un Joseph K. à qui on reproche d’arriver en retard à son procès. Mais je vous balance cette métaphore, présupposant que Kafka vous est familier alors qu’il n’est peut-être encore jamais venu frapper à votre porte ;

convoqué à la police pour « affaire vous concernant », sans savoir ce dont il s’agit, sans savoir par où vous allez sortir de ce bureau exigu où les papiers s’entassent, votre regard butant sur la peinture grisâtre et défraîchie des murs, et pas d’autres regards, celui qui interroge ne parlant qu’à l’écran...

C’est cet homme traqué, tétanisé comme un lièvre pris dans les phares d’une voiture comme s’il n’avait pas le droit de traverser le bitume, que je voudrais retrouver – sauver, je n’ose le dire – , comme ces marins anonymes de chalutiers qui ont arraché à la mer cinq matelots tombés dans la furie des eaux au large des îles normandes la nuit dernière.

Raconter. Raconter la chute, les chutes qui sont toujours la chute, et l’avant et l’après, la cicatrisation des blessures parfois jamais cicatrisées, avec lesquelles pourtant l’homme vit, ce que certains nomment, parfois bien facilement « porter sa croix », ou encore l’espérance. Voilà pour moi le champ de l’espace écrit, “Laisse pas ces cris”.


© Jean-Michel Defromont - 11 mars 2008

Merci à Efpaix pour la photo...