- Désert...

Désert...

J’ai vu il y a vingt jours, menant ses brebis, un jeune berger tenir serré dans ses poings le drapeau de David comme bouclier de toile fouetté par la peur autant que par le vent, contre les yeux de tireurs en treillis, dont le doigt sur la gâchette contient dans son entier la définition d’un cauchemar non éteint, atteint, hargneux, haineux, les nœuds jamais défaits.

Soir de mai dans Paris, Centre Cerise, Philippe Rahmy et Jean-Marie Barnaud, lors d’une performance Remue.net :
« Ça fait toujours tant de bruit le monde autour de la feuille »
Rahmy : « Ma pensée m’intima l’ordre de me préparer à témoigner »
Et Barnaud « C’est simplement ma moins mauvaise manière de marcher »... « Et puis le sable, le sable des journées »

Désert. Là où personne ne te regarde. Là il te faut choisir qui tu veux être ; quelle vie tu veux vivre quand tu vas "retourner", t’en retourner, te retourner… vers les autres, ceux qui t’attendent, ceux qui s’inquiètent de toi peut-être, tes débiteurs, ceux à qui tu manques, ceux à qui tu as manqué. Livré à toi-même, que feras-tu de ta personne ? de ta "première personne", quel "je" joueras-tu ?

L’envers de ce désert-là est un autre désert. Un désert sans espace, enfermement, entassement, promiscuité. Condamnation au non-choix, au non-sens. Ce désert que raconte Primo Levi, notant cette remarque d’un nazi “Hier es ist kein warum” [1]. Misère est l’autre nom de ce désert là.
Arpenter ce désert. « Ma pensée m’intima l’ordre de me préparer à témoigner »


© texte et photo Jean-Michel Defromont - 12 juin 2008

[1] ici il n’y a pas de pourquoi (Dans "Si c’est un homme")